Kaizen thérapie & systémie

Accompagnement vers un changement

POUR DES RELATIONS HARMONIEUSES ET SEREINES

Edgar Morin, comprendre autrement pour agir autrement

Edgar Morin, sociologue, philosophe et penseur du siècle, est mort le 29 mai 2026, à l’âge de 104 ans.

Je le compte parmi mes mentors. Il aura passé sa vie à refuser les frontières entre les disciplines. Contre la fragmentation du savoir. Il a construit une autre façon de penser : la pensée complexe. Son idée centrale est simple à énoncer, difficile à tenir. Le monde ne se comprend pas en découpant. Il se comprend en reliant.

C’est exactement ce que je fais chaque jour dans mon travail.

Sa pensée complexe n’est pas une théorie de plus. C’est une posture. Elle refuse la causalité linéaire, celle qui cherche une cause unique à chaque effet. Elle lui substitue la causalité circulaire : les causes produisent des effets qui rétroagissent sur les causes. Un système ne se réduit pas à ses composants. Il émerge de leurs interactions.

En systémique, c’est mon point de départ. Je ne lis pas un symptôme isolé, mais les boucles relationnelles qui le tiennent en place. Morin n’a pas fondé la thérapie familiale, mais sa pensée et nos outils puisent aux mêmes sources : la cybernétique et la théorie des systèmes.

Edgar Morin, 2011 (cropped)

Source photo : Fronteiras do Pensamento, CC BY-SA 2.0 <creativecommons.org>, via Wikimedia Commons

Cette même grammaire éclaire mon approche informée par l’attachement. L’attachement n’est pas un trait que l’on porte seul. C’est un système de régulation qui se construit dans la relation. La société fait les individus, les individus font la société. L’enfant se régule par le lien, le lien se transforme par l’enfant. Aucun des deux n’est premier.

Elle éclaire aussi ma façon de travailler le psychotrauma. Le trauma n’est pas un seul événement logé dans une seule personne. Il désorganise un système entier, le corps, le psychisme, les relations, parfois les générations. Et c’est là que le principe dialogique de Morin me parle le plus : tenir ensemble l’ordre et le désordre, la certitude et l’incertitude. La vie comme organisation qui lutte contre sa propre désintégration. Mon travail, c’est d’accompagner la réorganisation.

Intellectuel populaire et profondément humaniste, il n’a jamais cessé de ramener ces questions abstraites à l’urgence du présent. Il militait pour une insurrection des consciences.

Et il a continué de résister à une simplification de la compréhension des évènements de notre monde. Il a continué de penser notre monde, de le questionner, d’écrire jusqu’au crépuscule de sa vie. Plus de cent ans, et toujours cette curiosité intacte, ce refus de fermer la pensée. Vieillir n’a pas été pour lui se retirer du monde, mais continuer à le comprendre.

Comprendre autrement pour agir autrement.

Safia